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ce dossier est uniquement
consacré
à des oeuvres anciennes
Cultures
d'outremer
Pierre
Lamalattie invite à imaginer des cultures d'outremer où
la beauté aurait toute sa place, où la décoration
resterait une pratique aussi simple et nécessaire que la
cuisine.
En
dépit de leur apparence de réalisme, ces compositions
ne sont pas fidèles à une réalité ethnographique.
Au contraire, elles mélangent souvent plusieurs sources,
transforment les parures, transposent les coloris, les fusionnent
dans une sorte de baroque multicolore. Ce qui est visé par
l'artiste, n'est pas la réalité sociologique et historique
des peuples concernés. C'est plutôt l'attirance pour
un outremer imaginaire. C'est la fascination pour des pays où
l'on s'habillerait et se décorerait sans réserve,
où le jeu des couleurs serait jaillissant, puissant, fécond,
où l'art n'aurait pas honte d'être en premier lieu
décoratif.
L'homme
est une sorte de bernard-l'hermite, mêlant son corps à
toutes sortes d'objets, pour le meilleur et pour le pire. La fécondité
décorative des peuples d'outremer pousse cette vocation humaine
dans des voies très diverses, de façon souvent surprenante
et heureuse. Pierre Lamalattie nous invite à explorer de
telles voies, réelles ou imaginaires.
Au
siècle dernier, les peintres orientalistes parcourant le
monde dans des conditions souvent très difficiles, étaient
d'authentiques aventuriers. Mais leur voyage n'était pas
seulement une performance sportive, c'était aussi et surtout
une quête de la beauté et de l'étrange, une
fascination pour " l'Orient ", une véritable fringale
d'images, un désir de voir, et surtout, de voir des choses
qui libèrent de la morosité occidentale, un besoin
réparateur de se faire du bien à l'il. La langue
populaire a une expression qui dit bien ce qu'elle veut dire : se
" rincer l'il ". L'orientalisme procède,
si l'on veut, de cette sorte de cette sorte d'avidité et
de voyeurisme. Il s'agit de se laver, de se faire du bien, de s'évader.
Il y a une sorte de départ, une sorte de quête. Le
parcours proposé par Pierre Lamalattie dans ses " visages
d'ailleurs " procède de la même nostalgie.
Ce
voyage est aussi l'occasion de retrouver l'importance des petites
choses, C'est ainsi qu'on retrouve inclus dans ces compositions
de Pierre Lamalattie toutes sortes de collages, des fragments de
brindilles, des bois roulés, des graines, des minéraux,
des cailloux, des fragments de céramiques mais aussi des
petits objets industriels éloignés de leur fonction
initiale : boutons, perles, fusibles. Toutes ces choses n'auraient
pas d'intérêt pour un regard utilitaire. Leur valeur
en tant que ressource est nulle. Mais, un regard affranchi de tout
utilitarisme, un regard désintéressé accueille
leur expression, leur existence, leur ouvre un autre espace. On
sent que ces petits objets ont une âme, on leur prête
des pouvoirs, on accède à leur poésie. Le monde
s'emplit de l'essor des choses muettes.
En
s'entourant d'objets décoratifs, en s'appropriant des fragments
du monde qui l'entoure comme autant de grigris, l'homme construit
son monde. Il l'habite. Cette habitation est véritablement
un accomplissement. Elle réunit l'homme et les dieux.
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