Pierre LAMALATTIE

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actualisé au 13/102011


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AVERTISSEMENT :
ce dossier est principalement
consacré à des oeuvres anciennes

Plantes, rocs, sentiment de la nature

Etant enfant, puis adolescent, Pierre Lamalattie a passé ses vacances, en Limousin, sur le plateau de Millevaches. Il pleut beaucoup dans cette région. Les ruisseaux et rivières abondent. Tout paraît gorgé d'eau. Les tourbières sont omniprésentes. Il y a passé de longues périodes, souvent seul, marchant des jours entiers, pêchant aussi dans les torrents. Son ennui s'est progressivement transformé en une attirance pour cet univers foisonnant et pourrissant, pour ces eaux rougeâtres, ces sols organiques, ces accumulations de mousses. Il a pris goût progressivement à une sorte de fascination pour la nature se mêlant à une peur diffuse, au sentiment de participer à quelque chose de sauvage, d'énorme. Depuis, le sentiment de la nature lui paraît indissociable d'un mélange de terreur et d'attirance, de sensualité et de chaos.

Les choses de la nature les plus simples cachent souvent une beauté puissante : quelques feuilles, un rameau, une plante ramassée et mise à plat, mais aussi des cailloux, une coquille d'escargot, des petites choses oubliées. L'attirance de Pierre Lamalattie pour la pauvreté en art relève de ce constat. Sa peinture est traversée par le désir d'une retraite dans la nature, par l'inclination pour cette tranquillité, cette jouissance si particulière qui caractérise les ermites. Il faut bien reconnaître que les hommes sont souvent fatigants ! Ils donnent envie de s'affranchir de leur compagnie, envie de partir, inspiré par une sorte de "rupture avec ce qui amoindrit".

Lorsqu'étant petit, Pierre Lamalattie se promenait avec sa grand-mère, elle s'extasiait sans cesse du dessein des plantes et de la grâce des feuillages, etc. Une branche d'arbre reste pour lui l'exemple même d'un dessin parfait qui développe un même motif avec des variations infinies. On pourrait en dire autant de beaucoup de choses de la nature : rochers, nuages, arbres, rivières, etc. Les productions humaines paraissent souvent sans queue ni tête, disparates, improbables… Au contraire, le spectacle de la nature conjugue très souvent une fantaisie inouïe et une profonde unité - pour peu qu'on sache la regarder. On dirait que des sortes d'algorithmes sont en œuvre, inventant sans cesse des variations à partir d'un même thème. En réalité, la nature est pour lui la référence absolue en matière d'esthétique.

Lorsque l'on dessine des choses de la nature, on est obligé de les regarder attentivement, on est amené à comprendre leur infinie complexité, leur richesse de nuances. On perçoit intimement leurs tailles relatives et leur nombre. Il en résulte une sorte de vertige. Comment dessiner un arbre, dont on a envie de représenter chaque feuille ? Chaque feuille a pourtant sa beauté, ses couleurs, sa position, son orientation dans l'espace. Elle forme avec toutes les autres, un monde, une galaxie ! Représenter la nature, est pour Pierre Lamalattie une invitation à accéder au sentiment de l'incommensurabilité.

 

Plants, rocks, feeling of nature


As a child and teenager, Pierre Lamalattie spent his holidays in the Limousin region, on the plate of Millevaches. It rains a great deal in this region. Brooks and rivers abound. Everything appears gorged with water. Peat bogs are omnipresent. Lamalettie spent long periods there, often alone, walking entire days and fishing in the torrents. His boredom gradually transformed into an attraction for the abounding and decaying universe, the reddish water, the organic soils, and the accumulations of moss. He gradually indulged in a kind of fascination for nature, mixed with a diffuse fear and the impression of taking part in something wild and enormous. Since this period, the feeling of nature appears indissociable to him from a mixture of terror and attraction, of sensuality and chaos.


The simplest things of nature often hide a powerful beauty: some leaves, a branch, a plant picked up and pressed, but also stones, a snail shell, small forgotten things. Hence Pierre Lamalattie's attraction for poverty in art. His painting is transcended by the desire for retreat in nature, by the inclination for this peace, this ever so special pleasure which characterizes the hermits. It has to be said that men are often tiring! They incite us to free ourselves from their company, to part, as we are pushed by a kind of "break with what diminishes Man".


When he was young Pierre Lamalattie went out for walks with his grandmother. She was always filled with wonder for the shapes of the plants or the grace of the foliages. To Lamalattie, a tree branch remains the example of a perfect drawing which develops the same pattern with infinite variations. The same could be said of many natural components: rocks, clouds, trees, rivers, etc. Human productions often appear disorderly, disparate, improbable… On the contrary, the spectacle of nature very often combines amazing imagination and deep unity - provided one knows how to look at it. It seems as if kinds of algorithms are at work, unceasingly inventing variations from a same theme. Actually, to Lamalattie nature is the absolute reference as regards esthetics.


When things of nature are drawn, one is obliged to look at them attentively; one is brought to understand their infinite complexity, their richness of nuances. One closely perceives their relative sizes and their number. There results a kind of giddiness from it. How to draw a tree, of which one wants to represent every single leaf? Each leaf however has its beauty, its colours, its position, its orientation in space. It forms with all the others a world, a galaxy! Depicting nature is for Pierre Lamalattie an invitation to accede to the feeling of incommensurability.