Quand
on regarde objectivement les hommes d'aujourd'hui, ce qui domine,
c'est un sentiment de pesanteur. L'apologie de l'action justifie
des vies de travail et sature les loisirs. La vie collective occupe
tout le terrain. Le statut de la solitude est de plus en plus restreint,
de même que l'amour du beau.
Cette
dominante prosaïque n'est pas nouvelle. Elle est sans doute
vieille comme le monde. Elle est humaine. Cependant, les choses
ont pris une acuité inquiétante. L'économie
et sa répartition est le grand projet de notre société,
à vrai dire le seul. Pourtant, il est difficile de s'y intéresser
vraiment.
Reflétant
ce constat, la peinture de Pierre Lamalattie a souvent un angle
critique, mélant étroitement tragique et drolatique.
En revanche, il n'y a pas d'intention humoristique ce qui serait
superficiel. Quand ses toiles font rire, c'est par leur vérité.
Subsistent,
enfouies à l'arrière plan, nos émotions et
nos aspirations. Leur place est précaire. Lorsqu'elles émergent,
c'est d'autant plus beau que leur occultation était pesante.
Le dévoilement du sublime est furtif, souvent incongru. Ce
n'est pas le résultat d'un travail, mais plutôt le
fruit d'une attente voire de l'ennui. On a subitement l'impression
d'accéder à une autre dimension comme quelqu'un qui
n'aurait pas encore connu l'amour.
Le
bonheur existe par instant, c'est indéniable. Mais ce sont
souvent des instants furtifs, échappant à l'action.
Ce sont presque toujours des moments auxquels on ne prête
pas attention, des instants qui nous échappent. Lorsque l'agitation
cesse, lorsqu'une décantation se produit, alors nous sommes
disponibles pour accueillir une quiétude étrange,
pour être saisis par quelque chose de fugitif, d'imperceptible,
par quelque chose de " vraiment vrai ". C'est à
cela que Pierre Lamalattie nous invite, en contrepoint d'une lecture
lucide de la vie ordinaire.