Pierre Lamalattie propose une visite de l'univers des ressources
humaines. Il met l'accent sur le clivage entre des vies intérieures
dépréciées et la survalorisation des relations
du travail : d'un coté l'intimité, la tranquillité
et l'aspiration secrète à être et à créer,
de l'autre le culte bruyant de l'action, des faux semblants et de
l'image. Il s'est tout particulièrement intéressé
à l'univers des cadres qui sont sans doute, parmi les salariés,
ceux dont la perte de liberté et le souci d'image sont les
plus flagrants.
La
plupart de ses compositions se présentent sous la forme de
curriculum vitae, en réalité des C.V. d'un genre particulier.
S'y bousculent toutes les qualités discutables que nos contemporains
aiment à mettre en avant : savoirs techniques, goût
pour l'action, passion pour la vie collective, etc. Demeurent cependant,
dans les visages un sentiment de manque, une nostalgie intime, l'intuition
d'une autre vocation pour l'homme.
L'économie
est la grande affaire des hommes de notre époque. Elle exige
de regarder le monde de façon pragmatique. Il s'agit d'en
faire quelque chose. Il faut mettre en uvre toutes sortes
de techniques pour tirer profit des ressources à notre disposition.
Toute chose qui mérite attention, l'est en tant que ressource.
C'est
bien là, le problème. Il n'est plus question d'imaginer
que des esprits ou des génies habiteraient toutes choses.
Il n'est plus question de trouver une âme aux objets inanimés,
ni une beauté. En fait, tout simplement, il n'est plus question
de religion, de poésie, ni d'art. Fini la sensiblerie ! Il
faut aller droit à l'essentiel. Il faut faire en sorte que
les choses deviennent des ressources. D'ailleurs tout est devenu
ressource. L'homme lui-même n'est-t-il pas devenu " ressource
humaine ".